Le message du Rabbi
Sonne
du Grand Choffar
Le rassemblement entre les hommes et en chacun
D'après
les discours du Rabbi de Loubavitch
prononcés le 24 Adar Richon (28 Février)
et le Chabbat Parchat Vayakhel 5752 (1992)
AVANT
PROPOS
PLUS QU'UN RASSEMBLEMENT GEOGRAPHIQUE
REUNIFIER UNE PERSONNALITE FRAGMENTEE
UN
LIEN AU-DELA DE LA PENSEE CONSCIENTE
UN
AMOUR INCONDITIONNEL
LA PRIMAUTE DU LIEN PARTAGE
DONNER DE SOI-MEME
«BENIS-NOUS,
...TOUS COMME UN»
Quel est
le sens réel du mot «ensemble»?
Le Chabbat Parchat Vayakhel 5752 (1992), le Rabbi répondit à cette
question. Il développa la dimension 'hassidique de ce concept à
trois niveaux: au plan national tout d'abord, c'est celui du rassemblement actuel
des exilés en Israël; au plan psychologique ensuite, tel que cela
apparaît dans le mode de fonctionnement d'une personnalité accomplie,
ayant pris possession de toutes ses aptitudes naturelles; dans les relations
entre les hommes enfin, c'est ce qu'expriment les relations d'estime mutuelle
qui, normalement, caractérisent les rapports humains adultes.
L'idée de l'incontournable interdépendance qui distingue le peuple
juif rappelle un passage fameux de Iguérèt HaKodèch. L'Admour
HaZakène y compare le sentiment de fraternité qui unit les Juifs
à un fait anatomique élémentaire: tous les organes du corps
doivent leur santé au système circulatoire, unique pour eux tous,
qui les entretient.
En certaines périodes particulières, le sens sous-jacent du rassemblement fait surface. D.ieu veuille nous accorder sa mise en application dans la joie.
PLUS
QU'UN RASSEMBLEMENT GEOGRAPHIQUE
Sonne du grand Choffar pour notre liberté; lève un étendard
pour rassembler nos exils et ramène-nous, tous ensemble, des quatre coins
du monde sur notre terre.
Nous exprimons ce souhait fervent trois fois par jour que Machia'h vienne et rassemble notre peuple en Eretz Israël, notre héritage éternel. Cela implique bien plus qu'un simple mouvement d'ordre purement géographique. A ce moment, D.ieu «nous ramènera ensemble»; Il établira l'unité entre nous, car, en cette nouvelle ère, aux temps messianiques, «il n'y aura plus de famine ni de guerre, plus de jalousie ni de rivalité».
Les événements de ces dernières années soulignent l'imminence de la Délivrance; de nombreux signes en sont déjà apparus. Le prodigieux rassemblement de centaines de milliers de Juifs en Eretz Israël est, à n'en pas douter, un prélude évident au rassemblement ultime de notre dispersion. Les vagues déferlantes d'un flux migratoire exceptionnel dans l'histoire de notre nation atteignent, à présent, la Terre Sainte. Elles entraînent des centaines de milliers d'hommes et de femmes qui furent retenus par la contrainte pendant des décennies. Plus encore, ces états-là qui, jusqu'ici, interdisaient toute émigration accordent aujourd'hui toute permission, voire toute assistance, à l'installation en Eretz Israël.
REUNIFIER
UNE PERSONNALITE FRAGMENTEE
Il nous a donc été ainsi accordé un avant-goût de
la Délivrance. Mais, nous avons également le pouvoir de l'anticiper,
d'intégrer les idéaux spirituels de cette ère à notre
vie quotidienne. Dans cette optique, l'idée de rassemblement trouve aussi
expression dans le monde personnel de chacun comme dans le domaine de ses relations
avec autrui.
De fait, la nation n'est pas le seul organe à ressentir la nécessité d'un rassemblement. En notre temps, nous rencontrons souvent des hommes à la personnalité fragmentée, qui parviennent difficilement à intégrer en eux-mêmes, conjointement, des motivations et des inclinations diverses. Cette tension centrifuge a une origine: le manque de coordination entre les multiples facettes de notre structure spirituelle personnelle. A cet égard, nous sommes dotés de dix potentiels différents et nous avons reçu pour tâche constante, à réaliser pendant la durée de notre vie, l'instauration de l'harmonie entre eux.
Une histoire 'hassidique illustre parfaitement cette entreprise: Rav Zalman Aharon, le fils aîné du Rabbi Maharach, demanda un jour à son oncle, Rav Yossef Its'hak, s'il disait ses prières avec la communauté, bétsibour, ou bien seul, en investissant plus de réflexion, ce qui réclamait plus de temps et, donc, un rythme plus lent que celui suivi à la synagogue. Rav Yossef Its'hak assura qu'il priait bétsibour. Le lendemain, Rav Zalman Aharon remarqua que son oncle priait beaucoup plus longuement que l'ensemble des fidèles.
«Ne m'as-tu
pas dit que tu priais bétsibour, avec la communauté?» interrogea-t-il.
«En effet», répondit son oncle, «je prie bétsibour,
avec la communauté, c'est-à-dire après que j'ai pu réunir
en moi les dix composants de mon âme».
UN LIEN AU-DELA DE LA PENSEE CONSCIENTE
Comment une telle unité peut-elle s'établir? Comment peut-on parvenir à harmoniser les courants divergents de sa personnalité? En les consacrant à D.ieu. Lorsqu'un homme a cette attitude, qui le conduit à se lier de la manière la plus complète à D.ieu, il gagne un sentiment d'accomplissement qui lui permet d'instaurer l'harmonie entre les divers éléments de son être.
L'unité ainsi établie n'est pas artificielle. Elle est le reflet de sa vérité intérieure, de son moi profond. C'est que l'âme est «véritablement une partie de D.ieu d'en-Haut»; dès lors, toutes ses facultés sont l'expression de ce point fondamental.
La première déclaration qu'un Juif fait au réveil souligne ce processus créateur de l'harmonie interne. «Modé Ani» dit-il, «je reconnais...» Que trouve-t-on au coeur de cette phrase? Que l'homme, à peine a-t-il ouvert les yeux, réalise l'unité de son être et le consacre à D.ieu.
En quoi une telle idée apparaît-elle ici? On pourrait légitimement penser qu'avant de faire une déclaration qui porte si loin, l'homme devrait prendre conscience de la Présence Divine. Pour y parvenir, une préparation est indispensable; il lui serait donc préalablement nécessaire de contempler le monde qui l'entoure, ce qui lui permettrait d'en arriver à la conclusion que «la terre entière est pleine de Sa gloire». C'est alors seulement qu'il pourrait établir avec D.ieu le lien absolu qui a été décrit.
Cependant, le peuple juif n'a pas besoin de recourir à une démarche de ce type car son lien avec D.ieu est constant et intrinsèque. Il façonne nos processus intellectuels, même quand nous dormons. En fait, le lien avec le Divin est peut-être encore plus grand pendant le sommeil qu'à l'état de veille, car, alors, nos facultés intellectuelles conscientes ne contrôlent plus nos pensées. En leur absence, notre essence peut refaire surface. Or, l'essence de l'âme est, à chaque instant, intimement liée à D.ieu.
Au réveil, toutefois, l'homme reprend conscience de sa propre entité, et même de son état d'entité puissante. Pourtant, aussitôt qu'il a ainsi recouvré le sentiment de son existence individuelle, il se consacre totalement à D.ieu en un élan de reconnaissance, «Modé Ani». Cela lui permet de percevoir, comme il le proclame dans la suite de la déclaration citée, que «grande est Ta fidélité», que chaque entité dans ce monde reflète l'infinie bonté de D.ieu.
UN
AMOUR INCONDITIONNEL
Il est donc clair que la réalisation de l'harmonie et de l'unité
intérieures nous permet de percevoir celles qui pénètrent
l'ensemble de l'existant. Cet accomplissement souligne également notre
capacité à les instaurer dans nos relations avec autrui.
Une telle entreprise est d'une importance particulière. En atteste le fait que l'Admour HaZakène a placé la déclaration «j'accepte sur moi l'accomplissement de la mitsvah «tu aimeras ton prochain comme toi-même», en tête de la prière du matin, en faisant ainsi le fondement de toutes les activités de la journée qui commence.
Ce commandement signifie, en termes clairs, que, considérant la nature de l'autre, on doit tenter de s'unir à lui, car, en vérité, tous les hommes partagent la même essence Divine. Gardant à l'esprit cette communauté d'existence fondamentale, on comprend que les différences entre les hommes ne mènent pas nécessairement à la division. C'est l'inverse qui est vrai: elles permettent à chacun de compléter la personnalité de l'autre en lui apportant un élément qui lui faisait défaut ou qui restait insuffisamment développé en lui jusqu'ici.
Cet élan unitaire ne s'adresse pas seulement à ses proches, à ceux qui vivent dans son entourage immédiat, mais à tous les hommes, même s'ils résident au loin, voire dans un endroit reculé du monde. Bien sûr, la manière dont ces sentiments d'unité vont s'exprimer en pratique variera obligatoirement selon le degré de proximité ou d'éloignement des personnes concernées, mais, dans leur nature profonde, ils sont universels.
LA
PRIMAUTE DU LIEN PARTAGE
Parfois, la distance qui sépare deux hommes est spirituelle, c'est-à-dire
qu'ils ne partagent pas un degré similaire d'adhésion à
la Torah et à la pratique de ses commandements. Même alors, c'est
sur le lien partagé que l'accent doit être mis et non sur les divergences.
En ce qui concerne sa conduite personnelle, chacun doit mettre en oeuvre deux modes de service de D.ieu, s'efforçant tout à la fois de «s'écarter du mal et (de) faire le bien». Toutefois, lorsqu'il s'agit des relations avec autrui, toute notre énergie doit être canalisée dans un seul sens, sur la voie de «fais le bien». Par ailleurs, mettre en valeur les qualités d'autrui encouragera leur expression car «une petite lumière disperse beaucoup d'obscurité».
Certes, il arrive que le comportement observable chez l'autre mérite des reproches. Mais, avant de les lui administrer, sans doute convient-il de se demander si on est la personne la mieux placée pour le faire. Même dans le cas où on serait conduit à répondre positivement, c'est avec douceur qu'il faut entreprendre une telle démarche, ce qui, à l'évidence, rendra ces remontrances plus acceptables que si elles étaient dites durement. De plus, des paroles de cette sorte ne doivent être prononcées qu'en certaines occasions.
Un verset illustre cette idée: «Celui qui retient le fouet (c'est-à-dire qui ne l'utilise pas pour corriger), hait son fils». Cela implique que c'est uniquement dans le cas où la relation entre deux personnes est comparable à celle qui lie un père et son fils qu'une réprimande sévère peut être faite. Deux concepts apparaissent ici: tout d'abord, pour réprimander, il faut aimer l'autre comme un père aime son enfant; deuxièmement, l'écart entre les deux personnes concernées doit être aussi net que celui existant entre un père et son fils. Dans la plupart des cas, ce n'est pas vrai. Dès lors, puisque les hommes sont fondamentalement égaux, c'est bien sur une base d'égalité que nos rapports avec autrui doivent s'établir.
DONNER
DE SOI-MEME
Cette unité que nous partageons avec tous ne doit pas être cantonnée
au domaine du sentiment. Elle doit trouver expression concrète dans des
actes de bonté. A propos des sacrifices offerts dans le Beith HaMikdach,
il est écrit: «Un homme qui apportera d'entre vous... L'Admour HaZakène
note sur ce verset qu'il aurait semblé plus logique d'utiliser la tournure
«Un homme d'entre vous qui apportera...», puisque c'est bien cela,
apparemment, que l'on veut indiquer. L'ordre des mots choisi, toutefois, indique
qu'il y a là un autre sens: l'offrande doit être faite «d'entre
vous», c'est-à-dire, spirituellement parlant, «de votre propre
personne».
Nous trouvons un concept similaire au sujet de la tsédakah, la charité. En effet, il ne suffit pas de donner ce qui reste après avoir pris soin de satisfaire à ses propres besoins; c'est «d'entre vous», de soi-même, de sa personne qu'il faut offrir. Et ce don doit être substantiel. Pour reprendre les mots du verset «tout ce qu'un homme possède, il le donne pour (sauver) sa vie». Prendre conscience de l'unité essentielle qui a été ici décrite doit nous conduire à donner généreusement, sans limite.
Plus encore, nos dons à la tsédakah doivent être en progression constante. On sait que la création, dans son ensemble, est constamment renouvelée et reçoit, du fait de la bienveillance Divine, des bénédictions supplémentaires. Aussi, à tous moments, nous devons renouveler et augmenter notre implication dans l'oeuvre de tsédakah, amplifiant notre aide à autrui.
«BENIS-NOUS,
...TOUS COMME UN»
L'unité est la clé des bénédictions Divines. Ainsi,
dans nos prières quotidiennes, nous disons: «Bénis-nous, notre
Père, tous comme un». Les enseignements de la 'Hassidouth développent
l'idée: le fait même d'être «tous comme un» nous
rend dignes de bénédiction. Cette unité nous conduira à
la bénédiction ultime ‹ l'avènement du temps où D.ieu
«sonnera du grand Choffar» et où, ensembles, «avec nos
jeunes et nos anciens... nos fils et nos filles», le peuple juif tout entier
se rassemblera en Eretz Israël, à Jérusalem et dans le troisième
Beith HaMikdach. Puisse tout cela arriver dans un futur immédiat.